samedi 12 avril 2014

Carrément timbré


















Entretien avec Stéphane Degout à l’occasion du récital qu’il donnera au Théâtre du Capitole à Toulouse, puis à l’auditorium de Bordeaux et à l’Opéra national du Rhin. Accompagné par le pianiste Simon Lepper, le plus brillant des barytons français interprétera notamment "l’Horizon chimérique" de Gabriel Fauré et les "Trois Sonnets de Pétrarque" de Franz Liszt.
 

Comment avez-vous construit le programme de ce récital ?
 

Stéphane Degout : «C’est la première série de récitals que je donne avec Simon Lepper, pianiste que je connais depuis longtemps. Pour un récital, on hésite toujours entre des envies personnelles et le choix d’un thème. Dans le programme de celui-ci, "l’Horizon chimérique" de Fauré est une nouveauté pour mon répertoire. Au mois d’août, nous sommes invités au Festival d’Edimbourg qui est dédié au centenaire de la Première Guerre mondiale. Or, Jean de La Ville de Mirmont, l’auteur du recueil de poèmes de "l’Horizon chimérique", est mort au combat en 1914.»
 

Vous chantez sur les plus grandes scènes d’opéra, mais comment appréhendez-vous la forme du récital ?
 

«La spécificité du récital au concert est une très grande proximité avec le public, sans la séparation de la fosse d’orchestre qui permet de se cacher à l’opéra. En l’absence de personnage et de costume, cela demande davantage de sincérité qu’à l’opéra. À l’opéra, on raconte une seule histoire. Dans ce récital, je chanterai six ballades et huit mélodies, dans trois langues différentes : ce sont quatorze miniatures, autant d’histoires auxquelles il faut donner des densités différentes. C’est un exercice plus ardu, sans doute, mais plus jouissif puisque les textes sont d’une plus grande qualité qu’à l’opéra où les livrets ont souvent peu d’intérêt. Et même dans l’hypothèse de livrets d’opéra de grande qualité, on est encore loin du compte en comparaison de textes de mélodies.»
 

Comment les personnages s’imposent-ils à vous sur une scène d’opéra ? Avez-vous suivi une formation théâtrale ?
 

«J’ai d’abord suivi plusieurs stages de théâtre qui m’ont conduit au chant. On m’a alors conseillé de prendre des cours pour travailler ma voix, très timbrée. Avec l’expérience, j’ai fait le tour de certains personnages. On parle toujours de rencontres avec un chef ou un metteur en scène, mais on oublie la rencontre avec un personnage. Comme dans la vie, on peut ressentir de la répulsion ou un coup de foudre pour un personnage.»
 

Quels rôles vous attirent, parmi ceux que vous n’avez pas encore interprétés ?
 

«Il y a des opéras qui sont évidents : j’ai envie de chanter "Eugène Onéguine" de Tchaïkovski, le marquis de Posa dans "Don Carlos" de Verdi — en version française parce que je n’ai pas la voix typique pour le répertoire italien. Je n’ai pas encore la voix pour chanter Golaud dans "Pelléas et Mélisande" de Debussy.»
 

Qu’avez-vous appris de metteurs en scène comme Patrice Chéreau ?
 

«Chaque metteur en scène travaille de manière différente. Ce sont des gens, je crois, très attachés au texte. Je me demandais pourquoi Chéreau voulait mettre en scène "Così fan tutte" de Mozart, qui est une histoire un peu “tarte”… Mais il en a fait surgir la douleur. Klaus Michael Grüber aussi m’a beaucoup marqué. Tous les deux furent les assistants de Strehler au Piccolo Teatro de Milan. Ils ont une attention très forte au texte, mais n’en oublient pas la musique.»
 

Vous venez de triompher à Bruxelles dans le rôle-titre d’"Hamlet" d’Ambroise Thomas, dans la reprise d’une production d’Olivier Py créée à Vienne…
 

«Olivier Py est capable d’emmener les gens très loin, et le personnage d’Hamlet ajouté à la musique en font une expérience dont on sort changé.»
 

Natalie Dessay a récemment déclaré : «L'opéra, c'est du théâtre. Tout doit y être au service de la dramaturgie, du plateau jusqu'à l'orchestre»(1). Qu’en pensez-vous ?
 

«Je suis d’accord. On est là pour raconter une histoire, pas pour montrer nos voix. La musique va toujours dans le sens de la dramaturgie, sauf dans le bel canto avec ses airs à rallonge. J’ai toujours été en accord avec la conception de Natalie Dessay. Par son travail, avec sa voix virtuose et malgré la pauvreté des livrets à chanter, elle a su insuffler une épaisseur dramatique vitale à ses rôles.»

Vous avez chanté en 2004 dans "Werther" avec l’Orchestre du Capitole, sous la direction de Michel Plasson… Qu’avez-vous gardé de cette expérience ?
 

«Les chefs comme Plasson sont comme les metteurs en scène de la trempe de Chéreau : ils ont un regard extrêmement théâtral sur la musique, ils sont capables d’en faire surgir des images très théâtrales. À l’époque, je débutais et j’ai beaucoup appris de cette expérience formidable. Michel Plasson est un artisan qui prend le temps de faire et de refaire. J’ai eu le sentiment d’être face à quelqu’un pour qui la musique n’avait pas de secret. Avec des artistes comme Plasson, on apprend le répertoire mais aussi le métier.»

Propos recueillis par Jérôme Gac

le 22 janvier 2014, à Toulouse.
S. Degout © Julien Benhamou


(1) Le Figaro, 4 octobre 2013

Lundi 28 avril, 20h00, au Théâtre du Capitole,
place du Capitole, Toulouse. Tél. 05 61 63 13 13.


Mercredi 30 avril, à l’auditorium de Bordeaux,
cours Georges-Clémenceau, Bordeaux. Tél. 05 56 00 85 95.


Mercredi 7 mai, à l’Opéra national du Rhin,
19, place du Petit-Broglie, Strasbourg. Tél. 03 88 75 48 00.


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