vendredi 29 avril 2016

L’apothéose du classique


La violoniste Patricia Kopatchinskaja, le chef Thierry Fischer et l’Orchestre de chambre d’Europe sont les invités de la saison toulousaine des Grands Interprètes pour un concert aux teintes classiques à la Halle aux Grains.

La saison des Grands Interprètes accueille à la Halle aux Grains l’Orchestre de chambre d’Europe, l’une des meilleures phalanges européennes, qui fait son retour à Toulouse avec le chef Thierry Fischer (photo) - l'actuel directeur musical de l'Orchestre symphonique d'Utah remplace Vladimir Jurowski, souffrant. Ils seront accompagnés de la virtuose moldave Patricia Kopatchinskaja pour l’interprétation du Deuxième concerto pour violon de Serge Prokofiev. Créé en 1935, vingt ans après le premier, il marque à la fois le retour du compositeur russe dans son pays et le début d’une période marquée par son souci d’élaborer une «nouvelle simplicité». Se tournant vers les formes traditionnelles traversées d’une ligne mélodique originale, il s’emploie à utiliser alors un langage clair et accessible.


En 1934, Prokofiev écrivait : «Avant tout, il faut écrire de la grande musique, c’est-à-dire celle qui par la conception et la réalisation technique correspondrait à l’envergure de l’époque où nous vivons. Cette musique doit essentiellement nous conduire vers le développement des formes musicales à venir et montrer notre authentique visage au-delà des frontières. […] On pourrait qualifier la musique dont a besoin ici, en Union soviétique, de “facile et savante”, ou de “savante mais facile”. Il n’est pas si simple de trouver le langage qui lui convienne. Avant tout, elle doit être mélodique, et sa mélodie, simple et compréhensible, ne doit pas pour autant être une redite ou avoir une tournure banale». Plus classique que le premier et empreint de lyrisme, le Deuxième concerto est contemporain du ballet "Roméo et Juliette".


Ce concert met également au programme une œuvre de Mieczysław Weinberg. Né à Varsovie, il a fui les nazis qui ont exterminé toute sa famille. Réfugié en URSS, il y suit ses études musicales et fait la connaissance de Dimitri Chostakovitch auquel le lie une profonde amitié. Cet aîné et modèle assumé influence la production pléthorique de Weinberg - riche de 600 opus dans tous les genres musicaux, dont 22 symphonies et 17 quatuors. Depuis sa disparition, il y a vingt ans, sa musique ne cesse d’être redécouverte. On entendra à la Halle aux Grains sa Dixième symphonie, en la mineur, intitulée "Transcendance". Créé en 1968, elle est écrite pour un orchestre à cordes.


La soirée s’achèvera avec la sensationnelle Septième symphonie de Ludwig van Beethoven, lequel la voyait comme l’une de ses meilleures pages. Les commentaires à son sujet ne manquent pas. Ainsi, pour le compositeur Carl Maria von Weber, c’était une musique de fou et son auteur était devenu bon pour être enfermé à l’asile ! Friedrich Wieck, père de Clara Schumann, décrivait le dernier mouvement comme «l’œuvre d’un homme ivre»… Richard Wagner, qui la dirigea, la considérait comme une «apothéose de la danse» - probablement à cause de la prééminence de certains rythmes obstinés dont sont parcourus les deux derniers mouvements, mais aussi le premier. Achevée en 1812, elle a été composée en Bohème, en parallèle à l’écriture de la Huitième symphonie. Après des libertés prises dans les symphonies précédentes, la Septième symphonie adopte une forme classique stricte. Purement musicale et absolument jouissive, cette œuvre est dénuée de message autobiographique et d’intentions descriptives. Écrits en majeur, trois mouvements structurés de rythmes incessants encadrent le deuxième mouvement lent qui peut être rapproché de la marche funèbre de la symphonie Héroïque. Créée à Vienne en 1813, elle connaît un succès immédiat, jamais démenti par la suite.


Jérôme Gac

T. Fischer © Chris Christodoulou / BBC


Concerto n° 2 de Prokofiev par P. Kopatchinskaja (violon),
Symphonie n° 10 "Transcendance" de Weinberg,
Symphonie n° 7 de Beethoven,
par l’Orchestre de chambre d’Europe et V. Jurowski (direction), 


jeudi 12 mai, 20h00, à la Halle aux Grains
,
place Dupuy, Toulouse. Tél. : 05 61 21 09 00.


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